Abed Colonna : « aux jeunes, je dis : ta voix n’a pas besoin d’être parfaite pour être puissante ».
- Vitia Koutia
- 31 oct.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 nov.

Après une 1ʳᵉ édition en 2024, le 25 octobre 2025, Abed Colonna a organisé la 2ᵉ édition de la journée de sensibilisation au bégaiement sur le thème : "La voix du bégaiement : surmonter les obstacles, libérer les potentiels".
Cette activité a été marquée par une série de témoignages touchants de personnes bègues, qui ont partagé leur parcours de vie, par un panel sur les défis liés au bégaiement animé par un orthophoniste et une psychologue. Ainsi, Abed a animé une masterclass axée sur le thème général de l'évenement.
Séduite par cette belle initiative, notre rédaction a réalisé une interview avec lui pour en savoir plus sur les motivations qui lui ont conduit à organiser cette activité, mais aussi sur d'autres questions à découvrir dans cette interview.
Elikia Magazine: Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?
Abed : Je m’appelle Abed Colonna, je suis coach, communicateur et entrepreneur social congolais. Mon parcours n’a pas été linéaire, j’ai grandi avec le bégaiement, ce qui a forgé en moi une résilience précoce. Je poursuis mes études en chimie environnementale à l’université Denis SASSOU N’GUESSO, puis j’ai créé Co-Motive, une plateforme d’inspiration et de transformation pour la jeunesse.
Mon objectif a toujours été le même : réconcilier la foi, la parole et l’action. À travers mes projets, je cherche à prouver qu’une différence peut devenir une force lorsqu’elle est assumée et transformée.
Elikia Magazine: Quelles sont les raisons qui vous ont amené à organiser la première Journée de sensibilisation au bégaiement au Congo ?
Abed: Tout est parti d’un manque criant de visibilité. Au Congo, le bégaiement reste mal compris, souvent moqué ou caché. Avant tout, j’ai été victime de la stigmatisation du bégaiement dans mon parcours et je me suis relevé, c’est pourquoi j’ai voulu aider d’autres personnes à se relever comme moi.
J’ai voulu créer un espace de parole, un Mbongui, lieu symbolique d’échange et de vérité où ceux qui bégaient puissent se parler sans honte. Cette journée n’était pas qu’un événement, c’était un acte de foi, un cri d’identité : nous existons, nous parlons, et nous avons quelque chose à dire.
Elikia Magazine: Quelles ont été les principales difficultés lors de la première édition, et comment les avez-vous surmontées ?
Abed: Les plus grands obstacles ont été le manque de moyens et le regard social. Beaucoup doutaient de la pertinence d’un tel événement.Mais j’ai choisi de miser sur ma foi et sur mon réseau de proximité. Chaque défi est devenu un tremplin : la créativité a remplacé les ressources, la conviction a ouvert les portes. Et finalement, ce sont les témoignages du public qui ont confirmé que cette cause avait une place au Congo.
Elikia Magazine: Quelle est la particularité de la 2ᵉ édition ?
Abed: La deuxième édition a été une renaissance. Nous avons élargi la portée du message : "du simple témoignage à la libération du potentiel". Il y avait d’autres bègues qui ont partagé leur témoignage. J’ai animé une masterclass sur le thème même de l’événement : “La voix du bégaiement : surmonter les obstacles, libérer les potentiels.”
Nous avons aussi reçu le soutien d’institutions importantes comme l’Ambassade de France et l’Union européenne par leur présence, ce qui a donné une dimension plus crédible et ouverte à notre démarche.
Elikia Magazine: Comment réagit le public congolais face au sujet du bégaiement ? Pensez-vous que les mentalités changent ?
Abed: Oui, les mentalités commencent à bouger, lentement mais sûrement. Au départ, il y avait beaucoup d’incompréhension et de gêne. Aujourd’hui, les gens écoutent, posent des questions, s’intéressent. Certains jeunes viennent me dire : “Grâce à Lobanga, j’ai osé parler devant ma classe.” C’est ce genre de phrase qui me prouve que le changement n’est pas dans les chiffres, mais dans les cœurs.
Elikia Magazine: Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes qui bégaient, ainsi qu’aux parents et enseignants ?
Aux jeunes, je dis : ta voix n’a pas besoin d’être parfaite pour être puissante. Le bégaiement n’est pas une punition, c’est une invitation à te découvrir plus profondément.
Aux parents et enseignants, je dis : écoutez avant de corriger. Encouragez vos enfants à s’exprimer sans pression, car chaque mot qu’ils prononcent est déjà une victoire.
Elikia Magazine: Quels sont vos projets futurs pour poursuivre la sensibilisation au bégaiement ?
Abed: Je veux que Lobanga devienne un programme annuel de référence au Congo, et à terme, en Afrique francophone. Nous travaillons à la mise en place d’une plateforme communautaire pour accompagner les personnes qui bégaient à travers des formations, des témoignages et des actions de plaidoyer.
Mon rêve, c’est qu’un jour, chaque pays d’Afrique puisse avoir son “Mbongui du bégaiement”, parce que chaque voix compte, et aucune ne devrait être étouffée.
Pour conclure, au-delà du bégaiement qui est un handicap, nous travaillons pour faire de lobanga une référence pour les personnes vivants avec handicap.



MERCI ELIKIA MAGAZINE
ABED ARSIM COLONNA