top of page

Maladies rénales en 10 questions : le Dr Tony Eyeni nous alerte



Souvent silencieuses, les maladies rénales touchent de nombreux Congolais sans être détectées.


Entre diagnostic tardif et manque de prévention, les maladies rénales sont un vrai problème de santé public au Congo. Alors, dans le cadre de notre rubrique "une maladie en 10 questions" notre équipe a rencontré le Dr Tony EYENI, néphrologue au CHU de Brazzaville, coordonnateur du programme national de lutte contre les maladies rénales qui nous a éclairé aux risques attachés à ces maladies et à la nécessité de leur prise en charge précoce.


1.       Elikia Magazine : Qu’est-ce que le rein et quelle est son importance dans   l’organisme ?


Dr Tony EYENI : Les reins sont des organes d’épuration. Ce sont deux organes qui sont dans l’organisme pour nettoyer 24 heures sur 24 le sang. Parce qu’au fur et à mesure de la journée, nous mangeons, nous buvons, nous faisons plusieurs activités, les cellules travaillent et jettent leurs déchets dans le sang. Donc, si le rein ne nettoie pas le sang, le sang deviendra sale et un sang sale, ce n’est pas possible pour le maintien de la vie.


2.       Elikia Magazine : Parmi les maladies rénales, laquelle fait plus peur ?


Dr Tony EYENI : Une maladie qui fait peur à tout le monde, c’est l’insuffisance rénale. C’est quand les reins deviennent défaillants. Donc, ils n’arrivent plus à nettoyer le sang. Du coup, le patient est obligé d’être branché à une machine qu’on appelle la dialyse.

 

3.       Elikia Magazine : comment peut-on prévenir les maladies rénales ?


Dr Tony EYENI : Il y a plusieurs mesures préventives.


·       Premièrement, il faudrait boire suffisamment d'eau dans la journée. Avec nos activités quotidiennes, de nombreuses personnes passent des jours ou des heures sans boire de l’eau ou juste en buvant un seul verre dans la journée. Ce n’est pas bon pour les reins. Les reins aiment l’eau, ils ont besoin de l’eau pour maintenir votre sang dans un état de propreté maximum. Les sodas, la bière, l’alcool ne remplacent pas l’eau.

 

·       Deuxièmement, il faut manger drastiquement moins salé pour éviter l’hypertension artérielle et pour protéger également vos reins. Il faut manger moins sucré, donc éviter les sucres rapides. Il faudrait par ailleurs maintenir une activité physique permanente, ce qui est bien, afin d’éviter le surpoids et l’obésité.


·       Troisièmement, Il faut éviter de fumer parce que le tabac, ce n’est pas bon pour les reins.

Surtout, dans notre contexte, il faut éviter l’automédication. L’automédication, c’est prendre des médicaments sans avis d’un personnel médical ou encore d’un personnel de santé. Aujourd’hui, nous avons plusieurs patients qui sont hospitalisés dans les services qui s’occupent des maladies du rein, simplement parce qu’ils prennent les médicaments en désordre, sans prescription médicale. Un médicament pris n’importe comment ne soulage pas, mais vous expose à une maladie plus grave.

 

 

4.       Elikia Magazine : Quelles sont les personnes les plus à risque de maladies rénales ?


Dr Tony EYENI : il y en a quatre dans notre contexte congolais, nous avons:


  • Les patients chez qui on a diagnostiqué une hypertension artérielle, qui sont mal suivis, qui ne prennent pas régulièrement leur traitement, sont exposés à faire une maladie rénale ou encore une insuffisance rénale.


  • Les patients diabétiques


  • Les patients qui ont des infections comme le VIH, comme l’hépatite ou encore n’importe quelle infection commune, une petite infection pulmonaire, une infection digestive, mais qui prennent mal leur traitement, qui s'automédiquent, c’est-à-dire prennent des antibiotiques eux-mêmes sans prescription médicale, ceux-là également sont exposés à une insuffisance rénale.


  • Nous ajoutons des personnes qui réalisent des activités professionnelles demandant une certaine énergie. Je parle de nos agriculteurs, de nos maçons, de nos chauffeurs de taxi, nos chauffeurs de bus, nos enseignants. Parce que le travail qu’ils font est noble mais nécessite de l’énergie. Et ce sont ces gens qui ont tendance, chaque fin de journée, à aller prendre des anti-inflammatoires, comme les Ibucap, comme les diclofénac. Or, en prenant au fur et à mesure des mois, ça va les exposer à faire une insuffisance rénale.


5.       Elikia Magazine : Pensez-vous que les Congolais sont correctement informés sur les maladies rénales ?


 Dr Tony EYENI : je dirai, non ! Nous avons réalisé une enquête au niveau de la population en général. Et après cela, on a réalisé que près de 90% ne connaissaient même pas la maladie, alors que c’est une maladie qui est en train de tuer les Congolais. Pour nous c’était un chiffre très grave. D’où l’intérêt de ces campagnes de sensibilisation et dépistages que nous organisons chaque année.


6.       Elikia Magazine : Dans votre service, il vous arrive aussi de recevoir des enfants ?


Dr Tony EYENI : c’est une question qui revient souvent quand on découvre une maladie du rein chez un enfant. Les parents disent comment un enfant peut avoir une maladie du rein ? Les maladies du rein concernent tout le monde, vieux, jeunes, enfants, je dirais même bébés. Tout le monde peut avoir une maladie du rein, d’où la nécessité d’une grande sensibilisation et d’un dépistage précoce.


7.       Elikia Magazine : Recevez-vous aussi des enfants qui arrivent à l’étape de la dialyse ?


Dr Tony EYENI : Oui, on a des enfants qui arrivent à des stades terminaux de dialyse. Généralement, ce sont des adolescents de 16 ans, de 17 ans, de 18 ans.


8.       Elikia magazine : A quoi cela est dû ?


Dr Tony EYENI : Dans notre contexte, il y a deux principales causes. Il y a des enfants qui naissent avec des petites malformations qui ne sont pas diagnostiquées à la naissance. Ils grandissent avec, quand la maladie évolue, ça touche le rein et vers 16 ans, 17 ans, et c’est souvent trop tard, on ne peut plus rien faire, il faut aller à la dialyse.

Il y a des jeunes qui prennent du tramadol, ou ils prennent tout ce que leur présentent les amis, des prises toxiques, des tisanes. Et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, n’importe qui dit n’importe quoi, et est écouté par tout le monde, c’est vraiment horrible.


9.       Elikia Magazine : Pensez-vous que les boissons énergisantes peuvent aussi causer une maladie rénale ?


Dr Tony EYENI : Il n’y a aucune preuve scientifique que ces boissons énergisantes donnent des maladies rénales. Cependant, il y a une habitude qui est mauvaise que l’on retrouve chez les jeunes. Ils prennent ces boissons énergisantes, ils ajoutent du tramadol à l’intérieur, ils ajoutent des Ibucap, des anti-inflammatoires à l’intérieur, c’est ce cocktail là qui est toxique.


10.   Comment peut-on se faire analyser pour une maladie rénale?


Dr Tony EYENI : pour découvrir qu’on a une maladie du rein, il y a deux examens qu’on fait, notamment l’examen des urines et un examen du sang qu’on appelle la créatininémie.


La créatininémie, c’est un examen très important. Chez les patients qui sont à risque, ceux qui sont suivis par leur médecin, il y a un rythme particulier que suit le médecin. Chaque individu devrait normalement faire cet examen une fois par année. Parce que quand les signes de la maladie s'installent, c'est trop tard.


Le problème de maladie rénale, il n'y a pas de signe. Donc ce n'est qu'au cours d'un bilan qu'on peut savoir que vous avez un début de maladie rénale.


Elikia Magazine : Quel est votre mot de fin ? (Un dernier mot que vous voudriez paratger au public)


Dr Tony EYENI : "Vous êtes hypertendu? Prenez votre médicament de la tension! Une des complications de la tension peut vous conduire à l’insuffisance rénale et à la dialyse. Je dis la même chose à ceux qui sont diabétiques.


J’insiste aussi sur l’automédication, parce qu’aujourd’hui, dans les services de néphrologie, ça devient une cause fréquente. On ne blague pas avec les médicaments. Un médicament mal pris devient un poison."


Après cette interview, nous osons croire que chacun prendra soin de sa santé pour ne pas être surpris des complications liées aux maladies rénales.


Le Dr Tony EYENI est médecin néphrologue, spécialiste de la prise en charge des maladies du rein. Il est également enseignant-chercheur et coordonnateur au ministère de la Santé du programme national pour la lutte contre l’insuffisance rénale.

 

 

Commentaires


bottom of page